Je ne suis pas ma boîte ni mon produit

J’ai récemment lu l’un des articles de Mathieu Nebra qui m’a marqué : “Je ne suis pas ma boîte”.

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Mathieu Nebra est le cofondateur d’OpenClassrooms, anciennement le Site du Zéro, une plateforme devenue aujourd’hui une référence mondiale dans l’apprentissage en ligne. Toute une génération de développeurs francophones a appris à coder grâce à ses cours.

Je crois que “je ne suis pas ma boîte” est probablement l’un des rappels les plus importants pour tous les créateurs indépendants.

Quand vous travaillez seul, la frontière entre “ce que je fais” et “qui je suis” devient extrêmement floue.Votre projet finit souvent par prendre une place immense dans votre vie.

Quand vous écrivez un livre, lancez un site, créez un produit ou démarrez un business, vous n’investissez pas seulement du temps.

Vous investissez :

  • vos idées,
  • votre énergie,
  • vos émotions,
  • vos soirées,
  • vos doutes,
  • votre identité.

Progressivement, votre produit devient une extension directe de vous-même. C’est précisément pour cette raison qu’une simple remarque peut parfois faire autant de dégâts émotionnels. Parce qu’à partir du moment où votre entreprise devient votre raison d’être, chaque remarque devient personnelle.

Un utilisateur critique votre produit ?
Vous avez l’impression qu’on vous critique vous.

Personne ne s’intéresse à votre contenu ?
Vous commencez à douter de votre propre légitimité.

Votre lancement ne fonctionne pas ?
Vous ne voyez plus un projet qui échoue, pour vous c’est “vous” qui échouez.

Au départ, vous créez quelque chose pour vous sentir vivant. Puis, sans vous en rendre compte, vous commencez à dépendre émotionnellement de ce projet pour exister.

Pourquoi ?

Dans les recherches sur l’identité entrepreneuriale, plusieurs travaux, notamment ceux de Claire Leitch et Richard Harrison (Identity, identity formation and identity work in entrepreneurship, Entrepreneurship & Regional Development, 2016.), montrent que l’identité influence directement la manière de créer, décider et agir. Un projet entrepreneurial n’est jamais totalement extérieur à la personne qui le porte.

C’est précisément ce qui rend l’expérience des créateurs indépendants aussi intense. Quand le projet avance, on se sent porté. Lorsqu’il bloque, on peut très vite avoir l’impression de bloquer soi-même.

Un salarié peut plus facilement séparer son identité de son travail. En revanche, un solopreneur ou entrepreneur mélange souvent les deux sans le réaliser. Ainsi, il n’y a presque plus aucune séparation entre la personne et le projet.

Votre produit porte votre vision, votre livre contient vos idées, votre site reflète votre manière de penser, votre business devient une extension directe de vous-même.

Le problème, c’est que cette fusion émotionnelle finit souvent par bloquer l’action.

On procrastine parce qu’on veut éviter le jugement, on perfectionne sans fin parce qu’on veut protéger son ego. Mais au final, on reporte la publication parce qu’on confond feedback et rejet personnel. Et plus le projet devient important émotionnellement, plus il devient difficile de le faire avancer sereinement.

Or un projet devrait être un terrain d’expérimentation, pas une validation permanente de notre valeur personnelle.

Votre business peut échouer sans que vous soyez un échec. De même, votre produit peut être critiqué sans que votre identité soit remise en cause ou votre projet peut évoluer sans que vous ayez l’impression de vous trahir.

C’est probablement l’une des compétences les plus importantes pour tenir sur le long terme : construire des choses avec implication… sans se confondre entièrement avec elles.

Comment éviter ce piège du “je ne suis pas ma boîte” ?

Heureusement, il existe plusieurs manières de reprendre de la distance émotionnelle avec son projet.

D’abord, rappelez-vous qu’un feedback vise toujours une version actuelle de votre travail. Il ne définit jamais votre valeur personnelle.

Quelqu’un prend du temps pour regarder ce que vous avez créé. Puis cette personne réfléchit suffisamment à votre produit pour vous expliquer :

  • ce qui fonctionne,
  • ce qui crée de la valeur,
  • et ce qui pourrait être amélioré.

La plupart des gens ne font jamais ça. En réalité, l’absence totale de feedback est souvent bien plus dangereuse qu’une critique honnête. Car un utilisateur silencieux part simplement sans rien dire. À l’inverse, une personne qui formule un retour vous offre une opportunité d’apprentissage.

Bien sûr, certains commentaires seront maladroits ou injustes. Avec le temps, vous devez apprendre à entendre un feedback sans le transformer en jugement personnel. Car votre produit n’est pas votre identité, c’est simplement une version actuelle d’une idée en évolution.Chaque retour constructif peut justement vous aider à la faire progresser.

Ensuite, dissociez systématiquement votre identité de vos résultats. Votre projet peut échouer sans faire de vous un échec. Un feedback constructif est probablement l’un des cadeaux les plus précieux.

Par ailleurs, acceptez qu’un produit vivant évolue constamment. Les critiques deviennent alors des informations utiles au lieu de blessures personnelles.

Vous pouvez également créer plusieurs sources d’identité dans votre vie :

  • des relations,
  • des loisirs,
  • des projets secondaires,
  • des apprentissages,
  • des engagements personnels.

Ainsi, votre équilibre émotionnel ne repose plus entièrement sur votre entreprise.

Enfin, autorisez-vous à expérimenter imparfaitement.
Un solopreneur progresse rarement grâce à des idées parfaites. Il avance surtout grâce aux itérations.

Et si vous faisiez ce test ?

La prochaine fois qu’une critique vous touche émotionnellement, prenez quelques minutes avant de réagir.

Puis reformulez mentalement la remarque.

Au lieu de penser : “On me rejette.”

Essayez plutôt : “Cette personne réagit à une version actuelle de mon projet.”

La nuance paraît minime. Pourtant, elle change complètement votre posture mentale.

Il ne faut pas essayer d’apprendre à éviter les critiques mais apprendre à continuer malgré elles… sans oublier qui vous êtes en dehors de ce que vous créez.

Construire un projet seul demande beaucoup plus que des compétences techniques. Parfois, le plus utile n’est pas une nouvelle méthode ou un nouvel outil. C’est simplement d’avoir quelqu’un pour prendre du recul, remettre les choses en perspective et continuer à avancer sans se perdre dans son projet. Si c’est quelque chose que vous traversez actuellement, je peux aussi vous accompagner à avancer sur ce qui compte vraiment pour vous.

Mémo - je ne suis pas ma boîte ni mon produit
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