Beaucoup de projets ne voient jamais le jour. Non pas parce que les idées sont mauvaises, mais parce que l’on cherche à tout prévoir avant de commencer. Pourtant, certaines des créations les plus célèbres ont commencé d’une manière beaucoup plus simple. La leçon cachée derrière la création de Mario Bros en est un bon exemple.
Lorsque Shigeru Miyamoto a commencé à travailler chez Nintendo, il ne cherchait pas à créer une icône mondiale. Il essayait simplement de donner vie à une idée de jeu dans lequel un personnage pouvait courir et sauter.
La naissance de Mario Bros
Depuis plus de quarante ans, Mario Bros traverse les générations. Au début des années 1980, dans les bureaux de Nintendo, un concepteur de jeux nommé Shigeru Miyamoto travaille sur une idée simple : créer un jeu de plateforme dans lequel un personnage peut courir, sauter et traverser un monde rempli d’obstacles.
À ce moment-là, personne n’imagine que cette idée donnera naissance à Super Mario Bros, l’une des licences les plus célèbres de l’histoire du jeu vidéo.
Une petite équipe de quelques personnes travaillait directement sur le jeu. Chacun participait à la création, aux tests et aux ajustements. Les décisions étaient rapides, les retours immédiats et les idées pouvaient être expérimentées sans attendre de longues validations.
Il n’existe ni recette miracle ni plan détaillé garantissant le succès du projet. Comme beaucoup de créations, le jeu va émerger progressivement, au fil des expérimentations.
L’équipe commence par prototyper des mécaniques simples. Comment le personnage saute-t-il ? Quelle distance peut-il parcourir ? Comment les obstacles doivent-ils être placés pour rendre le jeu amusant sans être frustrant ? Chaque réponse vient à travers des essais, des ajustements et des tests.
Création de Mario Bros en expérimentant
Pourtant, au moment de la création du premier jeu, rien n’était certain. Les développeurs ne disposaient pas d’un plan parfaitement défini qui leur garantissait un succès. Ils ont plutôt avancé par expérimentations successives : ils ont conçu des niveaux, testé les mécaniques de jeu, observé la manière dont les joueurs réagissaient, puis ajusté le gameplay en conséquence. Chaque modification permettait d’améliorer l’expérience et de comprendre un peu mieux ce qui fonctionnait réellement.
Sa création ne suit pas une trajectoire parfaitement linéaire. Les développeurs créent des niveaux, les testent, les modifient et recommencent. Certains éléments fonctionnent immédiatement ; d’autres demandent plusieurs itérations avant de trouver le bon équilibre.
Cette méthode de travail repose sur une idée simple : comprendre ce qui fonctionne en le construisant et en l’expérimentant. Les concepteurs observent les réactions, identifient les problèmes et ajustent les mécaniques pour améliorer l’expérience.
Par exemple, la hauteur du saut de Mario, la vitesse à laquelle les ennemis avancent ou encore la disposition des plateformes ne sont pas décidées une fois pour toutes. Ces éléments sont affinés progressivement jusqu’à trouver un équilibre satisfaisant entre défi et plaisir de jeu.
Le résultat final n’est donc pas le produit d’une conception parfaite dès le départ, mais celui d’une série d’améliorations successives
Le niveau 1-1 comme laboratoire
L’un des meilleurs exemples de cette approche est le célèbre niveau 1-1 du jeu. Ce niveau est aujourd’hui étudié dans les écoles de game design parce qu’il montre comment un jeu peut enseigner ses mécaniques progressivement.
Au début du niveau, l’espace est volontairement simple. Le joueur peut expérimenter les contrôles sans pression. Ensuite, un premier ennemi apparaît, obligeant le joueur à comprendre qu’il doit sauter pour l’éviter ou l’éliminer. Puis viennent les blocs, les bonus et les premiers obstacles.
Chaque élément introduit une mécanique nouvelle. Mais surtout, chaque mécanique a été testée, ajustée et équilibrée pendant le développement du jeu. Le niveau fonctionne à la fois comme une introduction pour les joueurs et comme le résultat d’un long processus d’expérimentation pour les concepteurs.
Avancer niveau par niveau
La création du jeu s’est déroulée de manière très proche de la structure même du gameplay : étape par étape. Les concepteurs n’ont pas construit l’intégralité du jeu en une seule fois avant de le tester. Ils ont plutôt avancé progressivement, en développant des idées, en observant leur effet, puis en les améliorant.
Cette approche permet de transformer une idée abstraite en quelque chose de concret. Au lieu d’attendre d’avoir une vision parfaite de l’ensemble du projet, l’équipe travaille sur des éléments précis et tangibles : une mécanique de saut, un type d’ennemi, un niveau particulier.
À mesure que ces éléments prennent forme, le projet s’enrichit et devient plus cohérent.
Les projets avancent rarement comme on l’imagine
La création d’un projet entrepreneurial fonctionne souvent de la même manière. Lorsqu’on imagine une idée (écrire un livre, lancer un site, développer un produit ou créer une activité), on a tendance à visualiser immédiatement le résultat final. Cette vision peut être stimulante, mais elle peut aussi devenir paralysante si l’on se concentre trop sur tout ce qu’il reste à accomplir. Le projet paraît alors immense, et l’on finit par repousser indéfiniment le moment de commencer.
Une approche plus efficace consiste à se concentrer sur la première étape concrète, celle qui permet de transformer une idée abstraite en quelque chose de réel. Dans certains cas, cela peut être la rédaction d’une première page, la création d’un prototype simple, la publication d’un premier contenu ou la présentation de l’idée à un premier utilisateur. Cette première étape n’a pas besoin d’être parfaite. Elle sert avant tout à tester l’idée dans le monde réel et à obtenir des retours qui permettront d’améliorer la suite.
Ce que cette manière de créer nous rappelle
Quand on regarde aujourd’hui Mario, on voit un jeu parfaitement conçu. Tout semble naturel : les mécaniques, les niveaux, la progression. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un processus de création fondé sur l’expérimentation et l’amélioration continue.
Plutôt que de chercher à construire une œuvre parfaite dès le départ, les concepteurs ont commencé par des éléments simples et les ont fait évoluer au fil du temps. Chaque test a permis d’apprendre quelque chose de nouveau et d’améliorer la version suivante.
Beaucoup de projets créatifs, technologiques ou entrepreneuriaux se construisent de la même manière. Ils commencent par une idée simple, prennent forme à travers des essais successifs et se perfectionnent au contact de la réalité.
En observant comment un jeu comme Mario a été conçu, on comprend qu’un projet ne devient pas abouti d’un seul coup. Il se construit progressivement, niveau après niveau.
Quel est votre premier niveau ?
Si vous avez un projet qui vous tient à cœur, il peut être utile d’adopter cette même perspective. Plutôt que de chercher à résoudre immédiatement toutes les questions liées au projet, prenez un moment pour identifier ce qui pourrait constituer son « premier niveau ».

Quelle est l’action la plus simple et la plus concrète que vous pourriez réaliser cette semaine pour transformer votre idée en quelque chose de tangible ? Une fois cette étape franchie, la suivante apparaîtra beaucoup plus clairement.
De nombreux projets qui semblent aujourd’hui impressionnants ont commencé de cette façon : par une première version imparfaite, testée dans la réalité et améliorée au fil du temps. Le plus difficile n’est donc pas nécessairement d’avoir une idée originale ou un plan parfaitement construit. Le plus difficile est souvent de commencer.
Et comme dans Mario, tout commence par un premier niveau. Alors, quel sera le vôtre ?

10 commentaires
C’est vrai ce que tu dis, ton article m’aide à prendre du recul sur mes propres expériences.
Merci pour ces enseignements si riches.
Merci beaucoup Ana 😊 Je suis ravie que l’article t’ait permis de prendre un peu de recul sur tes propres expériences.
J’ai trouvé ton article très intéressant, notamment la manière dont tu montres que la création de Mario Bros repose sur une logique d’apprentissage progressif : le jeu guide le joueur étape par étape, presque sans explications, simplement par le design du niveau. Cette idée que l’on apprend en expérimentant, en se trompant puis en réessayant est très parlante, et elle dépasse largement le jeu vidéo. C’est finalement une belle métaphore de l’apprentissage et même du travail en équipe : créer un environnement qui facilite la compréhension et encourage l’essai-erreur plutôt que de tout expliquer théoriquement. Une réflexion à la fois ludique et très pertinente.
Merci beaucoup Miren pour ton commentaire très riche !
Tu as tout à fait raison : apprendre par l’expérimentation est souvent bien plus puissant que les explications théoriques.
Et comme tu le dis très bien, cette logique dépasse largement le jeu vidéo.
Effectivement, un projet ne naît pas forcément d’une vision parfaite dès le départ, mais souvent d’une suite d’essais, d’ajustements et de petits pas. J’aime beaucoup ce parallèle avec Mario, parce qu’il rend cette idée très concrète : on avance rarement avec toute la carte en main, mais plutôt en découvrant le chemin au fur et à mesure. Cela rappelle avec justesse que vouloir tout maîtriser avant de commencer peut finir par bloquer l’élan même de la création. Merci Alexandra pour ce rappel simple, parlant et motivant.
Merci beaucoup Laura ! C’est exactement ça : on avance rarement avec toute la carte en main, mais plutôt pas à pas.
Ah Mario Bros, toute mon enfance. Je ne connaissais pas l’histoire derrière ce jeu mythique, mais grâce à ton article, je me rends compte qu’il y avait surtout beaucoup d’essais, d’ajustements et d’expérimentations.
Ça résonne pas mal avec l’entrepreneuriat finalement : on imagine souvent tout le chemin, alors qu’il suffit parfois juste de commencer… et d’avancer niveau par niveau (même sans être un plombier moustachu ! 😉)
Merci Jonathan !
Oui, quand on regarde le processus de création, on se rend compte qu’il ressemble beaucoup à l’entrepreneuriat : beaucoup d’essais, des ajustements permanents et rarement une trajectoire parfaitement prévue.
Finalement, comme tu le dis très bien, il suffit souvent de commencer… et d’avancer niveau par niveau.
(Même sans moustache et sans salopette 😉)
Merci pour cet article qui rappelle qu’il est essentiel de ne pas attendre que notre projet soit parfait pour se lancer dans l’aventure. Comme dirait quelqu’un « mieux vaut fait que parfait »! L’amélioration vient en testant, essayant et à force de faire des itérations, notre projet prend forme et s’achemine tranquillement vers la réussite.
Exactement, c’est l’esprit de cet article : se lancer, tester, ajuster et avancer pas à pas.
C’est dans l’action que les projets prennent vraiment forme.